Quand l’écoute des animaux devient une vocation : Portrait de Morgane Brisset, comportementaliste animalière à Strasbourg
Depuis l’enfance, Morgane Brisset observe les animaux avec une attention particulière, sensible à leurs réactions, à leurs émotions, à leurs silences aussi. Une sensibilité intuitive, presque instinctive, qui l’a peu à peu menée vers une vocation : comprendre le langage animal pour améliorer la relation entre l’humain et son compagnon. À 26 ans, installée à la Wantzenau, elle exerce aujourd’hui comme comportementaliste animalière à travers 3e Chance, une activité guidée par une conviction forte : un comportement n’est jamais gratuit, il est toujours un message.

Une vocation née très tôt : « Les animaux ont toujours fait partie de ma vie »
Les animaux ont toujours fait partie de la vie de Morgane. Pas dans un cadre passionnel ou militant, mais comme une présence familière, quotidienne. Chez ses parents, il y a des animaux. Ils ne sont pas une passion en soi, mais ils sont là. Elle grandit entourée de cochons d’Inde, de lapins. Très tôt, elle les observe. Leurs habitudes, leurs réactions, leurs manies parfois étranges. Elle constate sans encore comprendre.


Elle développe un rapport très intuitif aux animaux. Respectueux, presque instinctif. Elle sent qu’ils ressentent des choses, qu’ils communiquent à leur manière. Mais comme beaucoup, elle aime les animaux sans réellement connaître leurs besoins profonds. Avec le recul, elle le reconnaît elle-même : elle les observe, mais elle ignore encore ce qui se cache derrière leurs comportements.
Son rêve ultime, pourtant, est clair : avoir un chien.
Mais sa mère freine. Elle hésite, temporise. Morgane doit attendre. Cette attente, loin d’éteindre son désir, nourrit sa curiosité. Elle continue d’observer, d’apprendre à sa manière.
Un jour, se souvient-elle, alors qu’elle accompagne une amie chercher du tissu dans une boutique jouxtant une animalerie, elle entre « juste pour poser quelques questions » sur les lapins. Elle ressort sans animal… mais avec une idée qui s’installe. Quelques jours plus tard, elle craque et repart avec une lapine.
« Un être tout petit qui prend énormément de place »
À l’adolescence, Morgane envisage un temps de devenir vétérinaire. L’envie est là, mais rapidement, un blocage s’impose : elle ne se voit pas opérer, l’idée de la chirurgie la met mal à l’aise. Elle se sent alors un peu perdue, sans vraiment savoir quelle voie emprunter, mais avec une certitude intacte : elle travaillera avec les animaux.
Elle pense alors à l’éthologie. Mais là encore, quelque chose ne colle pas : trop d’années d’études, et surtout, pas assez de contact direct avec les animaux. Or, pour Morgane, le lien est essentiel. C’est finalement sa mère qui va faire basculer les choses. En se renseignant, elle découvre l’existence d’une formation en comportementalisme animalier. Morgane se reconnaît immédiatement dans cette approche : bingo !
Et comme un symbole, la vocation nouvellement trouvée se mêle au cadeau dont elle rêvait depuis toujours. « Ma mère a dit que c’était le bon moment pour adopter Iggy, un golden retriever. »

Nous sommes en 2017. Iggy entre dans leur vie. Et devient, sans le savoir, un formidable professeur. « On a expérimenté toutes les bêtises possibles, toutes les choses à ne pas faire », plaisante-t-elle aujourd’hui. Des erreurs, des ajustements, des apprentissages concrets. Le début d’une compréhension bien plus fine du monde animal.

Comprendre plutôt que corriger : la formation comme véritable déclic
Morgane obtient son bac en 2018 et s’engage dans une formation de comportementaliste animalière au CEEPHAO. Une formation sur deux ans, à distance, complétée par des séminaires pratiques à Nantes. Elle est axée sur trois espèces : les chiens, les chats et les chevaux.
Elle y découvre d’abord l’éthologie, la science qui étudie le comportement animal dans son milieu naturel. « Comprendre comment vit un animal, ce dont il a besoin pour s’épanouir, comment il communique, comment il s’organise socialement ». Un enseignement la marque profondément : les chiens sont des animaux sociaux, avec une organisation comparable à celle des humains. Cette organisation doit être respectée. « Si ce n’est pas le cas, le chien va s’adapter. Et cette adaptation peut prendre la forme de comportements dérangeants. » Elle donne des exemples concrets : un chien qui gratte en promenade, qui tire, qui ne supporte pas qu’on lui dise stop. Ce ne sont pas des caprices : ce sont des signaux.
La formation lui donne des clés pour intervenir immédiatement, de manière cohérente, sans violence, mais avec structure.
La psychologie animale occupe également une place centrale. Morgane apprend que les chiens sont de véritables éponges émotionnelles. Ils absorbent le stress, les tensions, les émotions négatives de leur humain. « Et cela a un impact énorme sur leur comportement. »
Elle se forme aussi à la PNL (programmation neuro-linguistique), avec différentes techniques de communication et d’entretien. Des outils précieux pour mener les rendez-vous, poser les bonnes questions, comprendre les humains autant que les animaux.
Les séminaires pratiques viennent compléter la théorie. Encadrée par un formateur comportementaliste, elle travaille sur des cas concrets, des problématiques réelles. Elle observe, analyse, propose des solutions, teste, ajuste.
À cette formation s’ajoute l’ACACED, l’Attestation de Connaissances pour les Animaux de Compagnie d’Espèces Domestiques. Il s’agit du seul diplôme reconnu par l’État pour exercer légalement. Il atteste de ses compétences en matière de bien-être, de santé, de comportement et de réglementation.
« 3e Chance » : redonner du sens avant la rupture
Le nom 3e Chance résume à lui seul la philosophie de Morgane.
Il s’agit d’intervenir avant que la relation ne se dégrade irrémédiablement, avant que la situation ne dégénère, avant que l’abandon ne devienne la seule issue envisagée, avec une référence aux 3 animaux étudiés : chiens, chats et chevaux.
Être comportementaliste, explique-t-elle, c’est « améliorer la relation entre l’humain et l’animal, notamment face à ce que l’on appelle communément des comportements négatifs ou destructeurs », qu’elle préfère nommer comportements adaptatifs. « Un animal ne fait jamais ça pour embêter. Il s’adapte à une situation qu’il vit mal. » Son rôle est d’expliquer la raison de ces comportements, de les traduire. « Les animaux parlent à leur manière. Et ce langage est difficile à interpréter. Moi, je suis là pour le décoder. »
Toujours sans culpabiliser les humains. Toujours avec bienveillance.

Des accompagnements sur mesure : chiens, chats, lapins… et même chevaux
Chats : analyser avant d’agir
Les consultations concernent très souvent des chats qui font leurs besoins en dehors de la litière ou qui détruisent. Morgane se rend sur place et prend le temps. Une à deux heures de discussion sont nécessaires. Elle questionne beaucoup : « Il y a énormément de raisons possibles derrière un comportement. »

Elle analyse l’environnement : disposition des meubles, type de litière, emplacement, changements récents. Elle entre en contact avec l’animal uniquement après avoir établi un lien humain. Parfois, un simple détail suffit : une litière fermée, un meuble déplacé, une odeur, une source de stress.
Elle met en garde contre les réactions impulsives : changer plusieurs fois de sortes de litière, réaménager ses pièces de vie, une perte de temps et d’énergie si on ne comprend pas la cause réelle.

Chiens : observer en mouvement
Pour les chiens, les demandes portent souvent sur le tirage en laisse, l’agressivité, les destructions. « Je prends le temps de me promener avec eux. » Observer le chien en situation réelle est essentiel pour comprendre ses réactions et adapter les conseils.



Lapins et chevaux : prévenir avant de guérir
Morgane relate le cas d’un lapin accueilli pour une séance complète, puis gardé quelques jours. Très agressif, il mordait beaucoup.Elle cherche la cause. Elle agrandit son territoire. Elle reprend le contact et commence à lui donner à manger et à le caresser munie de gants, toujours dans l’intention du renforcement positif. Résultat immédiat : le propriétaire la remercie longuement avec la plus belle preuve : une photo de l’enfant de la famille avec le lapin, qu’il n’osait plus approcher auparavant.



Concernant les chevaux, elle n’a pas encore eu de cas, mais souhaite vivement développer cet accompagnement. Elle pose déjà les bonnes questions : vit-il seul ? en box ? ses besoins sociaux sont-ils respectés ? « Les chevaux, comme les lapins, sont grégaires mais territoriaux : ils ont besoin d’une vie à 2 mais peuvent aussi s’entretuer ».
D’où l’importance de toujours se renseigner et demander conseil avant toute décision, une des missions principales de cette jeune passionnée.
Anticiper les changements de vie : adopter en conscience
Morgane insiste : « Prendre un animal, c’est un engagement sur le long terme, dix ans en moyenne. » Elle accompagne ainsi les futurs propriétaires avant l’adoption : lieu de vie – accès ou non à un jardin, un balcon -, présence d’enfants ou d’autres animaux, capacité physique, disponibilité, budget vétérinaire et alimentaire.
Elle sensibilise aussi aux hypertypes : « Certaines races sont plus propices à diverses maladies dont il faut prendre conscience en amont ». Il y a donc des traits particuliers à ne pas négliger : les carlins ou les bouledogues ( problèmes nasaux), les golden retrievers ( dysplasie), mais aussi chez les chats ( tels les Maine coon ou les scottish ) et les lapins ( nains ou au contraire géants, béliers). D’où l’importance de bien penser à s’informer avant de se décider : « Je suis également là pour voir avec les futurs propriétaires d’où vient l’animal, l’élevage et décrypter comment bien le choisir pour ne pas tomber dans le piège d’un animal prédisposé à certaines pathologies par héritage ».
« Je suis là pour décrypter, pour éviter les pièges. »
Même logique lors de l’arrivée d’un bébé : « Les chats et les chiens ont une organisation sociale très importante à respecter, surtout lorsqu’il est déjà au sein d’une famille. » L’arrivée d’un bébé requiert de l’attention, mais il ne faut pas oublier l’animal : chacun doit trouver sa place, il faut répartir le temps et trouver un équilibre. « Et ne jamais laisser un bébé et un animal seuls, même si on l’aime et qu’on a confiance en lui, car un accident tragique n’est jamais impossible »
Garde et visites : une continuité du soin
Morgane propose des gardes à domicile ou des visites : un chien ou un chat à la fois, deux lapins ou rongeurs. Vaccins à jour préférables, sociabilité requise car toujours en (bonne) compagnie.
Elle garde actuellement une chienne habituée des lieux, tombée sous le charme de leur chien Iggy. « Les animaux ont des sentiments. » Ici pas de pension canine en box pour le chien Clemmie, votre compagnon à quatre pattes sera choyé au même titre qu’Iggy le maître des lieux.


Promenades, jeux, nourriture incluse, avec toujours un regard professionnel : l’occasion de détecter et améliorer tout comportement déviant. « J’avais le cas d’un chien gardé qui tirait énormément en laisse à cause de son instinct de chasse. Quelques exercices lors des promenades ont suffi. » La propriétaire l’a remerciée chaleureusement en constatant une nette amélioration : une aide précieuse inattendue.
Morgane réalise également des visites à domicile : « Les animaux n’aiment pas le changement. Certains chats préfèrent rester chez eux malgré le manque de contact, d’autres ont besoin de compagnie constante. » Elle propose même des tests sur deux week-ends pour déterminer la meilleure option.
Médiation animale : créer du lien autrement
Il est reconnu que la présence d’animaux favorise la réduction du stress, stimule les interactions sociales et contribue au bien-être émotionnel . Dans cette optique, Morgane intervient en EHPAD, crèches, associations avec ses deux lapins. Elle profite de ce temps de médiation pour sensibiliser au bien être animal, à leur manière de vivre. « C’est également l’occasion d’évoquer le terme de consentement avec les enfants. Ils peuvent caresser, porter et toucher les lapins, mais uniquement si le lapin l’accepte et ne prend pas peur ». Ils peuvent ainsi développer leur motricité, l’éveil, avec une compagnie qui leur apporte de l’affection, de la douceur au sens propre et figuré. Quant aux lapins ? « Ils mangent sans problème dans ces instants, preuve qu’ils ne sont pas stressés ! »


En Ehpad aussi, cette parenthèse inhabituelle est toujours attendue avec impatience – au point de se perpétuer jusqu’à une fois par semaine – ou lors de séances auprès d’associations ou particuliers. « Je fais des séances à domicile pour les aidants et les aidés avec l’association ASDEPAL. C’est toujours un moment positif pour eux, dans une vie pas toujours joyeuse ».


« Un animal, c’est mignon, ça ne juge pas, c’est une bonne compagnie. C’est ça qui m’a donné envie d’en apprendre plus »
Connaissances qu’elle va maintenant pouvoir nous transmettre.
Prévenir plutôt que réparer : un métier exigeant, profondément humain
Faire appel à une comportementaliste, c’est désamorcer avant l’escalade des comportements, comprendre les signaux d’alerte, préserver la relation humain-animal et surtout… « Prévenir et éviter l’abandon, toujours délétère et évitable. » Dans ces moments, elle fait le maximum pour aider à réaliser un abandon responsable et à trouver une nouvelle famille d’adoption.
Un métier qui requiert de nombreuses compétences et qualités : observation, empathie, humilité, écoute et capacité à remettre en question les habitudes humaines. « L’idée est que l’on accompagne autant les humains que les animaux. Les gens ont tendance à aimer parler, et cela tombe bien, car j’adore écouter ! », précise celle qui ne compte pas ses heures en séance ! Un métier qui lui apporte sens, cohérence et engagement malgré une certaine charge émotionnelle et des situations parfois difficiles.
Briser le silence à travers l’écriture
Dans un coin de sa tête trotte une petite idée depuis un certain temps, encore en gestation : un livre sur la maltraitance banalisée des petits animaux : lapins, cochons d’Inde, hamsters. « On veut bien faire mais parfois ça ne suffit pas, on fait des erreurs non intentionnelles ! » Si elle pensait au départ qu’il était normal de mettre sa lapine seule en cage, ses apprentissages glanés en autodidacte lui ont permis de découvrir qu’il lui fallait un copain et plus de liberté, comme les chats. Daisy et Honey vivent donc désormais en totale liberté… et à les voir, on peut dire en totale harmonie et joie !



« C’est également le cas des hamsters, il leur faut un vivarium de plus de 1 mètre pour s’épanouir. Même s’ils sont petits, ils ont le droit à de grandes choses et plus de liberté ! », appuie cette défenseuse des droits des animaux. Ce sont des éléments dont on ne se doute pas, des erreurs involontaires mais délétères, qui ne seront que des traumatismes passés grâce à ce précieux recueil !
Une professionnelle pour réconcilier humains et animaux
Comment savoir si un animal est heureux ? « Seuls eux peuvent le dire, il faut voir s’il y a des comportements adaptatifs, si les besoins fondamentaux sont comblés à savoir boire manger sortir, sentir des odeurs, sociabiliser selon les espèces. »
« Les animaux sont plus intelligents et sensibles qu’on ne le croit… surtout quand ils sont gourmands. »
À voir Iggy attendre sa croquette, on ne peut que la croire.
Avec Morgane, le comportementalisme devient une rencontre.
Une rencontre entre l’animal et l’humain, mais aussi avec une approche respectueuse, éthique et profondément bienveillante. À travers 3e Chance, elle ne cherche pas à “corriger” mais à comprendre, à recréer du lien et à redonner confiance, des deux côtés de la laisse. Parce que chaque comportement a une histoire, et que chaque animal mérite qu’on prenne le temps de l’écouter.
Faire appel à Morgane, c’est choisir un accompagnement sincère, engagé, et surtout une vraie chance de mieux se comprendre pour mieux vivre ensemble.



Bravo pour ce beau portrait !